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Ma Première Rencontre avec des Ismailis en Perse

Ceci est la version édité d’un article qui a été publié à l’origine dans Ilm Vol. 3, No.3, Décembre 1977, pp.16-17. 
 

Résumé
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Je suis entré en contact avec les Ismailis pour la première fois en Perse, en février 1912. Le monde était tout à fait différent alors. Personne n'imaginait que la Première Guerre mondiale, avec toute sa misère et sa souffrance, était juste à proximité. La Perse vivait toujours selon son style médiéval héréditaire et les affaires se passaient en grande partie de façon traditionnelle, comme elles l’avaient fait durant des siècles.

J'allais à cheval de Mashhad à Birjand en Perse Orientale : voyageant durant la journée et m’abritant la nuit dans des villages situés le long de la route. Des vents glacials soufflaient dans cette partie du pays en hiver, soulevant des nuages de poussière et de sable qui faisait de ce voyage une véritable torture. Fatigué et affamé, je suis parvenu au village de Sedeh et j’étais très heureux de m’abriter dans la hutte d'un paysan. J'étais assis, me réchauffant à côté d'un feu, attendant la nourriture, qui était préparée pour moi, lorsqu’un homme est entré, me transmettant l'invitation du propriétaire local à aller chez lui et à accepter son hospitalité. C’était, en effet, très gentil de sa part, mais malheureusement, son invitation était venue un peu trop tard. Penser à tout remballer et de nouveau tout déballer dans une autre maison et ce, spécialement lié à l’observance de la vieille étiquette persane; c'était tout à fait insupportable. J'ai donc décliné l'invitation avec des remerciements, promettant qu'après m’être reposé, j’irais personnellement voir le propriétaire et lui transmettrais à mes remerciements. J’ai fait cela plus tard et j’ai eu avec lui une conversation très intéressante et instructive.

Déjà à Mashhad, j'avais souvent entendu parler de ces localités peuplées par les disciples d’une secte étrange. Mes recherches ne m’ont pas permis de mettre à jour des informations fiables. Quelques personnes m'ont dit que la ‘secte étrange’ était des Ismailis, mais je ne les ai pas cru, ayant grandit avec l'idée, universellement acceptée par les savants Orientalistes d’Europe, que toutes traces les Ismailis de Perse ont été balayées par les terribles Mongols. Et ici, à l'occasion d'une conversation sur place avec le propriétaire, j'ai essayé d’évaluer la vérité. À ma surprise, il a confirmé ce que j'avais entendu auparavant, que ces gens étaient vraiment des Ismailis et que cette localité n'était pas le seul endroit où vivaient des disciples de la communauté, mais qu’il y avait aussi d'autres endroits en Perse où on les retrouvait.

C'était une découverte intéressante et surprenante. Mon jeune enthousiasme était tellement éveillé que j'ai immédiatement fait des tentatives poussées afin de vérifier la doctrine de la communauté, m’informant sur leurs livres religieux, etc. En tout cela, j'ai subi une totale défaite suite aux conditions patriarcales et médiévales du pays. Les Ismailis était extrêmement réticent à cet égard. La seule exception était, qu’ils admettaient qu’ils étaient Ismailis. De loin, la plus grande majorité refusait tout simplement un quelconque rapport avec eux et démontrait seulement, de temps en temps, un peu de connaissance sur la question, l'expliquant par un ancien contact avec la communauté.

Mes chers confrères en Europe ne m'ont pas tout simplement cru quand je leur ai écrit sur la communauté. Il leur a semblé tout à fait incroyable que la persécution la plus brutale, le massacre systématique, une hostilité et une suppression de longue date n’ai pas fini par annihiler la communauté à son le plus haut niveau, ne laissant aucune minorité dans le pays. Seulement plus tard, cependant, quand mon contact avec eux est devenu plus intime, j'ai pu voir les raisons surprenantes d'une telle vitalité. C'était leur dévotion tout à fait extraordinaire et leur fidélité à la tradition de leurs ancêtres, la patience sans restriction avec laquelle ils ont subi tous les désastres et tous les malheurs, ne se faisant aucune illusion sur tout ce qu’il leur pourrait attendre de la vie et des contacts avec leurs compatriotes majoritaires.

Ils avaient, avec un soin étonnant et une dévotion préservée à travers les âges, laisser bruler cette Lumière, mentionnée dans le Qur'an, que Dieu protège contre toutes les tentatives de Ses ennemis à éteindre. J’avais rarement vu quelque chose d’aussi extraordinaire et d’impressionnant que cette tradition ancienne, dévotement préservée dans les pauvres huttes boueuses des hameaux de montagne ou dans les pauvres villages du désert.

Bien entendu, cette tradition n'était plus ce qu'elle avait été dans le temps où elle était au à la pointe du monde civilisé de son époque, sous les premiers Califes Fatimides d'Égypte. Beaucoup a été oublié et perdu. Mais ce qui a le plus de valeur, c’est que l'esprit qui a animé ces anciens philosophes et fidèles ne s'est pas éteint. Le paysan illettré, souvent affamé et souffrant toujours des privations et de l'oppression des divers régimes changeants, dans sa conscience intérieure, préserve l'étincelle de la même lumière, illuminant le chemin qui a mené vers le progrès culturel, de nombreuses personnes.

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Last updated: 9/6/2010 10:54