Speech

Discours prononcé lors de la Cérémonie d’investiture de l’université Aga Khan, située à Maputo

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Votre Excellence Monsieur le Président Chissano,

Votre Excellence Monsieur le Président de l'Assemblée,

Votre Excellence Monsieur le Premier Ministre,

Honorables ministres,

Honorable maire,

Mesdames et Messieurs:

Quel événement peut exprimer une aspiration plus grande que celle de fonder les bases d'une école qui espère inciter ses étudiants à explorer des horizons au-delà de leur propre personne, à développer leur capacité mentale et à découvrir les obligations de réciprocité qui touchent les différences entre les culture, d'origine ethnique, de religion ou de fond ?


C’est pourquoi, je suis très heureux et très reconnaissant à Son Excellence Monsieur le Président Chissano d’avoir accepté notre invitation à poser la première pierre de la fondation de l'Université Aga Khaninfo-icon, Maputo, ici, dans la ville de Matola.


Votre Excellence, vous avez été l’un des plus fervents partisans de l'Université et de l'esprit qui se trouve derrière son concept. Votre présence avec nous aujourd'hui est donc une source de joie pour tout es les personnes associées avec les Universités Aga Khan et qui aspirent à s’accomplir au service de la société.


Je salue également la présence de l'Honorable Mme Luisa Diogo, Premier Ministre et Ministre de la Planification et des Finances ainsi que de ses collègues du gouvernement, l’Honorable Dr Leonardo Simao, Ministre des Affaires Etrangères et l'Honorable M. Alcidio Nguenha, Ministre de l'Education. Je suis également reconnaissant à l'Honorable Carlos Tembe, Maire de Matola, d’être présent ici aujourd'hui.


Je saisis cette occasion pour reconnaître votre soutien essentiel et vos continuels encouragements. Le Réseau de Développement Aga Khan et moi-même sommes aussi très reconnaissants envers le Gouvernement du Mozambique pour sa collaboration continue dans la planification et le développement de l'Université.


Pour moi, cela représente un honneur spécial ainsi qu’un plaisir d'être au Mozambique, au moment de l’anniversaire de son indépendance. À cette occasion, je transmets mes meilleurs vœux et mes sincères félicitations au peuple du Mozambique avec lequel la communauté Ismaili et limamatinfo-icon ont une longue histoire d'amitié et de cordialité. Notre histoire commune remonte à plusieurs décennies, au cours de la moitié du XIXe siècle, lorsque les Musulmans Ismailis ont commencé à s'établir le long de la côte orientale de l'Afrique.


Mozambique lui-même a eu son propre lot de traumatisme duquel le pays a émergé, il y a de cela douze ans, uni par sa décision à 'appliquer ses réserves d'énergie et sa créativité à relever le défi de s ²a reconstruction. En effet, sous la direction de Monsieur le Président Chissano, le Mozambique est considéré comme l'un des modèles les plus ouverts, pragmatiques et sagement guidés de reconstruction post-conflictuelle dans le monde.


Ce pragmatisme et cette ouverture d'esprit soulignent l'importance de l'expertise des spécialistes dans l’approche des défis du développement. Les philosophies postcoloniales, nationales, économiques et politiques, souvent liées à la Guerre Froide, ont cherché à les endoctriner, plutôt que de les éduquer, aussi bien dans l'ancienne Union Soviétique que dans les nombreux pays en voie de développement d'Afrique et d'Asie.


Le monde en voie de développement reconnaît maintenant de plus en plus , qu'il existe des domaines de la vie nationale, notamment l'économie et l'éducation, qui exigent la direction dévouée de professionnels spécialistes qui ne sont pas alourdis par les bagages du dogme. Les défis économiques auxquels font face l'ancienne Union Soviétique ainsi que de nombreux pays en voie de développement, représentent aujourd’hui un avertissement salutaire contre la remise de la direction des économies nationales à des idéologues politiques plutôt qu’à des économistes professionnels.


Après l'indépendance, l'éducation dans le monde en voie de développement a souvent été utilisée afin de tenter de favoriser un plus grand sentiment d'identité nationale, avec une tendance particulière à mettre l'accent sur la promotion des langues nationales. Mais lorsque cela est devenu exclusif, l'insularité qui en a résulté est devenu un handicap sévère. Comment peut-on sensibiliser les jeunes à un environnement mondial avec une langue n’ayant aucune portée internationale ? Des leçons ont été tirées. Aujourd'hui, alors que l'utilisation des langues nationales a, dans de nombreux cas, été retenue pour le niveau primaire, de plus en plus, les systèmes éducatifs des pays en voie de développement apportent un enseignement et une utilisation de l'anglais dans les niveaux secondaires et supérieurs, afin que les étudiants soient en mesure d'accéder au monde et à ses opportunités.


Le triomphe du pragmatisme et de l’expertise professionnelle sur l'idéologie est maintenant une vérité acceptée dans le domaine de l'éducation. Une éducation basée sur l’expérience et qui se déroule tout au long de la vie, est, selon un consensus commun, une forte puissance motrice dans toute stratégie de développement national.


Pourtant, vu l'insuffisance des ressources nationales et les caprices des flux d'aide, une éducation de qualité reste un défi de taille pour la plupart des pays en voie de développement. Des classes surpeuplées ainsi qu’une mauvaise qualité d'enseignement dans les écoles, reflètent trop fréquemment la perte de normes dans les systèmes éducatifs nationaux, y compris, notamment, dans les universités.


Heureusement, les gouvernements, partout dans le monde, commencent à apprécier la contribution de fournisseurs privés à but non lucratif de services sociaux, afin de remédier aux attentes grandissantes qui résultent du comblement de besoins historiquement non satisfaits. Dans ce contexte, les partenariats internationaux en matière d'éducation sontde plus en plus considérés comme des véhicules permettant d’introduire les meilleures pratiques, essayées et testées. Ces partenariats permettent également d'élargir la base des ressources nécessaires afin de permettre un investissement dans la qualité, plus particulièrement au niveau secondaire et tertiaire, pour que les établissements d'enseignement soient capables de former les meilleurs esprits dans leur propre pays.


La conviction selon laquelle un leadership intellectuel interne, de calibre exceptionnel est le meilleur pilote du destin de la société, sous-tend l’engagement de l’Imamat Ismaili à créer des centres catalyseurs d'excellence éducative. La première d'entre elles a ouvert, en décembre dernier, à Mombasa au Kenya. L'Université Aga Khan à Maputo sera la seconde d’un réseau planifié, de ce qui sera , je l'espère, un réseau d’écoles résidentielles répondant aux plus hautes normes internationales, de l’enseignement primaire à l'enseignement secondaire supérieur. En temps voulu les autres universités seront situés non seulement au Kenya et au Mozambique mais également en Tanzanie, en Ouganda, à Madagascar, au Mali, en Inde, au Pakistan, au Bangladesh, en Afghanistan, à la République démocratique du Congo, au Tadjikistan, au Kirghizistan – et en Syrie.


En adoptant internationalement des cadres de programmes rodés, mais flexibles, les écoles résidentielles évolueront au fil du temps jusqu’à devenir un système intégré, grâce auquel des étudiants ayant un certain niveau d’étude et des enseignants pourront se rendre dans d’autres campus pour étudier afin d’être exposés ainsi à différents environnements sociaux, ethniques et culturels. Les étudiants vont se spécialiser dans des domaines de connaissance les plus utiles au développement de leurs propres sociétés et des sociétés voisines, dans le cadre d'une éducation générale et significative. Celle-ci comprendra l’étude de matières scientifiques et des sciences humaines, dont la musique et l'art, alors que l'enseignement de l'histoire et des civilisations à travers le monde essayera de présenter, de façon plus équilibrée et plus complète, le patrimoine mondial. Par exemple, le programme des sciences humaines comprendra une étude des civilisations Musulmanes, trop souvent dénaturées ou ignorées, particulièrement dans le monde industrialisé. Afin de correspondre à cette portée mondiale, le programme comprendra la maîtrise de plusieurs langues pour que, alors que l'Anglais sera la langue d'enseignement, les élèves puissent être encouragés à être bilingue et peut-être trilingue. Ils devront également exceller dans l'utilisation des technologies modernes d'information afin de leur permettre d'accéder aux bases de connaissances les plus sophistiqués du monde.


Mais par-dessus tout, mon espoir est que ces écoles stimulent la créativité, la curiosité intellectuelle ainsi qu’un questionnement honnête afin que leurs étudiants puissent s'adapter et prospérer dans un monde évoluant rapidement ; prendre des décisions éclairées sur les défis quotidiens de la vie et placer ces jugements dans un cadre éthique.


La qualité intellectuelle et morale des Universités dépendra donc, non seulement de la conception du programme d'études, mais également de la qualité et du dévouement de leurs enseignants. Les enseignants, à leur tour, devront avoir le soutien des parents, des chefs d'établissement et de la société elle-même. Un des objectifs majeurs des Universités est donc de rétablir le standing public de la profession d’enseignant, afin que les futures générations de femmes et d'hommes instruits viennent à voir l’enseignement comme une belle opportunité, valide et enrichissante dans la vie. Pour soutenir les enseignants créatifs dans leur désir de continuer à s'améliorer, les Universités vont prévoir des dispositions afin de favoriser le développement des enseignants en association avec l'Institut Universitaire Aga Khan pour le Développement Educationnel.


Engagé envers l'excellence, les Universités n’admettront uniquement les étudiants que sur la base de leur mérite, c'est-à-dire de leur promesse intellectuelle, la preuve de leur volonté, leurs capacités et le désir d'apprendre. Les écoles devront– et vont ainsi avoir la capacité de sélectionner les étudiants sans tenir compte de la possibilité des familles de payer ou non les frais de scolarité.


Les bâtiments et les espaces des Universités s’efforceront de fournir un environnement esthétique et bien conçu, propice à la réflexion, aux études, et aux divertissements dans un contexte culturel approprié.


Aucune école ne peut prospérer dans l'isolement. Au fil du temps, ces Universités deviendront des ressources les unes pour les autres et, à travers le Réseau de Développement Aga Khan, elles bénéficieront des ressources intellectuelles et programmatiques de l'Université Aga Khan et de l'Université d'Asie Centrale. En outre, ces Universités auront accès à l'expérience et aux ressources pédagogiques des meilleures écoles internationales telles que la Philips Academy aux États-Unis et Salem en Allemagne qui sont associés avec des institutions du Réseau de Développement Aga Khan dans le cadre d’un Partenariat Académique Internationale.


Parmi les grandes vérités historiques, réside celle selon laquelle une société ne peut avancer vers de nouveaux horizons aux promesses plus grandes, que lorsqu'elle surmonte l'insularité et reconnaît la force dans la différence. Par conséquent, en dépit des tensions et des conflits qui traversent notre planète, l’avenir réside dans un monde pluraliste, un monde qui comprend, accepte et s'appuie sur la diversité. L'Université de Maputo, comme ses homologues ailleurs, cherchera à démontrer le rôle déterminant que l'éducation peut et doit jouer dans la construction d'une société civile forte à travers le monde en voie de développement. Ce sont les institutions telles que celle dont nous posons aujourd'hui les fondations qui seront une force motrice pour le progrès et l'amélioration du monde entier.


L’éducation, que les Universités pourvoiront, ira dans le sens d’une vision pluraliste. Celle-ci valorisera les différences de points de vue, d'origine ethnique, de religion et de culture, et cela dans un intérêt de justice et d'équité, mais également parce qu'un tempérament réceptif au pluralisme contribue à la créativité, à la curiosité et à la recherche, il permet de prospérer en partageant le meilleur de la connaissance humaine et du talent de tout individu ou groupe, dans lequel il prend sa source.


Il y a un millier d'années, mes ancêtres, les Califes-imaminfo-icon Fatimides de l'Égypte, fondèrent l'Université al-Azharinfo-icon et l'Académie de la Connaissance au Caire. Dans la tradition Islamique, on considérait la découverte des connaissances comme un moyen de comprendre, afin de servir au mieux la création de Dieu, et d’appliquer les connaissances et la raison afin de construire la société, et ainsi donner forme aux aspirations humaines.


Les Universités sont, par conséquent, une articulation continue de cette vision, une déclaration pleine d’espoir dans l’intérêt d’une bonne éducation ainsi qu’un investissement dans le développement des meilleurs esprits qui permettront aux générations futures de prendre en charge leur propre destinée.


Je vous remercie.