Le Programme de bourses de doctorat Farhad Daftary 2026 a octroyé des bourses complètes à Hidoyatullo Shozodamamadov (GPISH 2025) et à Muhammad Ali Sohail (GPISH 2025) afin de leur permettre de poursuivre leurs études de doctorat à l’Université d’Oxford.
Hidoyatullo Shozodamamadov
Hidoyatullo Shozodamamadov est originaire de la région du Badakhshan, au Tadjikistan. Il a obtenu son diplôme du Programme d’études supérieures en études islamiques et en sciences humaines (GPISH) à l'Institut d'études ismaéliennes (IIS), puis un autre master dans le même domaine à la SOAS (School of Oriental and African Studies) de l'Université de Londres. Il commencera en octobre 2026 un doctorat (DPhil) en études asiatiques et du Moyen-Orient à l'Université d'Oxford. Ses recherches portent sur la représentation de l'interprétation herméneutique ismaélienne dans la littérature polémique anti-ismaélienne.
Hidoyatullo décrit ainsi son travail :
Ma thèse étudie les ouvrages polémiques anti-ismaélien, en particulier ceux d'al-Baqillani (mort en 1013) et de Muhammad al-Ghazali (mort en 1111), les deux théologiens Ashʿari les plus éminents, ainsi que la réponse d'Ibn al-Walid (mort en 1215), le cinquième daʿi de la communauté Tayyibi post-fatimide.
...Mon travail examinera les descriptions et les critiques formulées par al-Baqillani et al-Ghazali à l’égard de la conception ismaélienne du taʾwil, en particulier son application dans le cadre de l’herméneutique coranique et des interprétations métaphysiques au sens large. Son objectif est d'évaluer la nature et la valeur intellectuelle de leurs critiques, ainsi que la mesure dans laquelle ces représentations polémiques reflètent fidèlement la compréhension ismaélienne du taʾwil. Mon travail cherche à déterminer si ces controverses constituent des contributions utiles aux débats théologiques et philosophiques de fond ou s'il convient plutôt de les considérer comme des interventions à connotation politique.
Hidoyatullo espère que ses études de doctorat lui permettront d'approfondir sa connaissance du taʾwil ismaélien et des nuances essentielles à la compréhension de la pensée ismaélienne sur ce sujet important, ce qui pourra lui ouvrir la voie à une exploration plus large de la philosophie ismaélienne dans son ensemble.
Muhammad Ali Sohail
Muhammad Ali Sohail est originaire de Karachi, au Pakistan. Il a obtenu son diplôme du Programme d’études supérieures en études islamiques et en sciences humaines (GPISH) à l'Institut d'études ismaéliennes (IIS), puis a poursuivi avec un master de recherche (MPhil) en Sociologie des médias et de la culture à l'Université de Cambridge. Il occupe actuellement le poste de chercheur stagiaire au sein de l’Unité Collections spéciales ismaéliennes (ISCU) de l'IIS et poursuivra un doctorat (DPhil) en sociologie à l'Université d'Oxford. Ses travaux de recherche se situent à la croisée des études sur la religion numérique, la mémoire collective et l'IA critique, et portent plus particulièrement sur la communauté ismaélienne nizârite mondiale.
Ali décrit ainsi son travail de recherche :
Mon travail de recherche portera sur la manière dont l'intelligence artificielle générative transforme la mémoire collective, l'identité culturelle et l'autorité religieuse chez les ismaéliens nizârites dans le monde.
...Pendant une grande partie de l'histoire moderne de cette communauté, la transmission des connaissances religieuses et historiques s'est faite par l'intermédiaire d'institutions centralisées. L'essor des réseaux sociaux a ensuite permis une négociation plus décentralisée, mais toujours contrôlée par des êtres humains, de ce savoir. Depuis 2023, cependant, les grands modèles de langage (les LLM) sont devenus une source de plus en plus consultée pour obtenir des réponses sur la doctrine, l'histoire et les pratiques ismaéliennes. Ces systèmes ne se contentent pas de centraliser des discours : ils synthétisent, recomposent et transmettent des connaissances religieuses et historiques, souvent avec une assurance saisissante et sans vraiment rendre de comptes.
Ce projet conceptualise l'IA générative comme un agent mnémonique : un acteur non humain qui participe au processus de mémoire en générant des passés plausibles et des récits cohérents à partir d'associations probabilistes. Il introduit le concept de « canons synthétiques », des assemblages de connaissances religieuses et socio-historiques générés par l'intelligence artificielle qui simulent la cohérence et l'autorité, tout en restant détachés de la responsabilité scientifique traditionnellement assurée par les institutions ismaéliennes officielles. Pour une communauté transnationale comptant entre treize et quinze millions de personnes résidant dans plus de trente-cinq pays, historiquement caractérisée par une autorité centralisée et des traditions rigoureuses de transmission du savoir, les enjeux sont considérables. La désinformation diffusée sur les canaux numériques et ciblant les ismaéliens a, par le passé, débouché sur des actes de violence dans le monde réel. Ce phénomène démontre par conséquent qu'il est urgent de comprendre les écosystèmes d'information basés sur l’intelligence artificielle.
S'appuyant sur une approche méthodologique mixte combinant les audits algorithmiques des principaux systèmes d'IA, l'analyse des réseaux sociaux et l'ethnographie numérique des espaces ismaéliens en ligne, cette étude examine comment les contenus générés par l'IA circulent, acquièrent une légitimité et redéfinissent ce que les membres de la communauté en viennent à considérer comme leur passé commun. En tant que membre de la communauté possédant une expérience directe des travaux de l'IIS en matière d'archivage numérique et d'établissement de collections, j'espère que ces travaux aideront la communauté et ses institutions à s'orienter dans l'ère des algorithmes. J'espère que ma thèse permettra de prolonger, dans un registre nouveau, la tradition de recherche rigoureuse sur les ismaéliens dont les travaux du Dr Daftary sont un exemple, notamment sa remise en cause des « légendes des Assassins » qui ont longtemps influencé la façon dont cette communauté est perçue par les étrangers.